
En France, 20 % des femmes et 10 % des hommes souffrent de constipation chronique. L'incontinence urinaire, elle, touche près de 3 millions de personnes. Deux chiffres massifs, deux tabous qui ne sont pas toujours traités en même temps. Pourtant, constipation et incontinence urinaire sont intimement liées, bien plus qu'on ne le croit. Traiter l'un sans l'autre, c'est souvent traiter à moitié.
I. Constipation et incontinence : définitions et liens entre les deux troubles
A) Qu'est-ce que la constipation exactement ?
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Derrière le mot constipation se cache un trouble bien plus complexe qu'il n'y paraît. Ce n'est pas simplement "aller moins souvent aux toilettes". Médicalement, on parle de constipation lorsque les selles n'avancent pas suffisamment vite dans le côlon : l'eau qu'elles contiennent est alors absorbée en excès par l'intestin, elles durcissent, s'accumulent sous forme de selles dures, et deviennent difficiles à évacuer. On considère qu'il y a constipation chronique quand ce phénomène dure depuis plus de six mois, avec moins de trois selles par semaine et des efforts importants à chaque fois. |
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Il en existe deux formes principales qui coexistent souvent :
- La constipation de transit est la plus fréquente : le côlon fonctionne au ralenti, les selles progressent trop lentement et durcissent avant d'atteindre le rectum. Ses causes sont souvent liées au mode de vie : alimentation trop pauvre en fibres, manque d'hydratation, sédentarité, ou encore stress, agit directement sur la motricité intestinale. Les variations hormonales jouent également un rôle, notamment pendant la grossesse lorsque la progestérone ralentit le transit, ou lors de la ménopause.
- La constipation terminale, plus insidieuse, fonctionne différemment : les selles arrivent bien dans le rectum, mais le corps peine à les évacuer malgré les efforts. Les causes sont ici davantage mécaniques : une mauvaise coordination des muscles du plancher pelvien, un dysfonctionnement du rectum ou de l'anus, parfois aggravé par des hémorroïdes ou des fissures anales. La sensation d'évacuation incomplète est caractéristique : on a l'impression de ne jamais vraiment "finir". C'est cette forme qui épuise le plus le périnée, à force d'efforts répétés à chaque passage aux toilettes.
Les femmes sont deux fois plus concernées que les hommes par ces deux formes de constipation, en partie à cause de la configuration de leur plancher pelvien, qui abrite trois orifices et se retrouve donc plus exposé aux pressions abdominales répétées.
B) Le lien inattendu avec l'incontinence urinaire
L'incontinence urinaire, c'est toute perte involontaire d'urine : une fuite lors d'un éternuement, une envie urgente impossible à contrôler, ou les deux à la fois. Un trouble plus répandu qu'on ne le croit, qui peut toucher à tout âge et dans des situations très diverses. Ce que l'on sait moins, c'est que la constipation figure parmi ses facteurs aggravants les plus sous-estimés.
Non pas parce qu'elle "cause" directement les fuites au sens strict du terme, mais parce qu'elle perturbe en profondeur plusieurs mécanismes physiologiques qui permettent de contrôler la vessie : la pression exercée sur les organes voisins, l'intégrité des muscles du périnée, la qualité de l'innervation pelvienne. Autant de mécanismes que nous allons maintenant détailler un par un.
Il existe plusieurs types d'incontinence urinaire : à l'effort, par urgence ou mixte. La constipation peut aggraver chacun d'eux de façon différente. Pour mieux comprendre, notre article sur les différents types d'incontinence urinaire permet d'identifier les différents profils.
II. Pourquoi la constipation aggrave l'incontinence urinaire
A) Les effets mécaniques et physiques directs
Quand le rectum joue des tours à la vessie
La vessie et le rectum sont deux organes voisins, séparés par une fine paroi dans la cavité pelvienne. Lorsque le rectum est rempli de selles dures et compactées, il exerce une pression mécanique directe sur la vessie, réduisant sa capacité de stockage. Résultat : des envies d'uriner plus fréquentes, plus urgentes, parfois même à faible remplissage vésical.
À cette compression physique s'ajoute un effet nerveux : les nerfs pelviens contrôlent à la fois le transit intestinal et la miction. Un rectum distendu envoie des signaux nerveux qui peuvent "déborder" et perturber le fonctionnement vésical, déclenchant des contractions involontaires de la vessie avant même qu'elle soit pleine.
Ce que les efforts de poussée font au plancher pelvien
Chaque effort de poussée pour évacuer des selles génère une pression hyperpressive sur le périnée, l'ensemble des muscles et ligaments situés entre le coccyx et le pubis qui soutiennent la vessie, l'utérus et le rectum. À raison de plusieurs fois par jour, pendant des semaines ou des mois, ces efforts répétés finissent par étirer et fragiliser les fibres musculaires et nerveuses du plancher pelvien.
Des muscles pelviens affaiblis sont moins capables de fermer l'urètre lors d'un effort : toux, éternuement, saut. C'est exactement le mécanisme de l'incontinence à l'effort. Avec les années, cette sollicitation excessive peut également favoriser une descente d'organes, où la vessie ou l'utérus s'affaissent progressivement vers le vagin, ce qu'on appelle un prolapsus.
B) Les effets indirects et systémiques
Le lien via les infections urinaires
Un intestin constipé est un réservoir de bactéries pathogènes. Les matières fécales stagnantes favorisent la prolifération de bactéries qui, du fait de la proximité anatomique, peuvent migrer vers les voies urinaires et provoquer des infections, cystites en tête. Or les cystites récurrentes irritent chroniquement la muqueuse vésicale, aggravent l'hypersensibilité de la vessie et amplifient directement les symptômes d'incontinence.
Les faux signaux envoyés au cerveau
Un rectum constamment plein n'envoie pas seulement des signaux mécaniques, il envoie aussi de faux signaux nerveux au cerveau. La proximité des innervations entre le système digestif bas et le système urinaire fait que le cerveau peut confondre les deux : la vessie se contracte de manière involontaire, comme si elle était pleine, alors qu'elle ne l'est pas encore. C'est ce qu'on appelle une vessie hyperactive, et c'est un mécanisme directement aggravé par la constipation chronique.
Ce phénomène se traduit concrètement par des urgences mictionnelles incontrôlables, parfois déclenchées par des stimuli extérieurs comme le bruit de l'eau qui coule ou l'arrivée devant la porte de chez soi.
Le cercle vicieux
C'est peut-être le mécanisme le plus insidieux. Les personnes qui souffrent de fuites urinaires ont tendance à boire moins, pensant limiter les risques. Une urine trop concentrée irrite davantage la muqueuse vésicale, et aggrave les envies urgentes. Moins d'eau, c'est aussi des selles plus dures, une constipation qui s'aggrave, des efforts de poussée plus importants, un périnée davantage fragilisé, et des fuites plus fréquentes. Un cercle dont il est difficile de sortir sans comprendre ses mécanismes.
De la même façon, se retenir d'uriner par peur d'une fuite dans un endroit public crée une tension chronique sur le périnée qui, à terme, perturbe à la fois le contrôle urinaire et le transit intestinal.
III. Comment briser le cercle vicieux : alimentation, habitudes et solutions
A) Les bons gestes pour réguler son transit et soulager la vessie
1) Adapter son alimentation
La première action concrète est alimentaire. Mais attention : tous les aliments qui régulent le transit ne sont pas bons pour la vessie, et inversement. La clé, c'est de trouver ceux qui font les deux à la fois et d'éviter ceux qui cumulent les deux effets négatifs. Un arbitrage que peu de personnes font, faute d'information.
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Les aliments à privilégier, bons pour le transit ET neutres pour la vessie :
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Les aliments à double effet négatif à limiter :
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L'hydratation joue un rôle clé dans les deux troubles. Boire 1,5 à 2 litres d'eau par jour est indispensable : une bonne hydratation ramollit les selles et maintient une urine suffisamment diluée pour ne pas irriter la muqueuse vésicale. Les tisanes douces : verveine, camomille, tilleul sont de bonnes alternatives, sans effet irritant sur la vessie. Le café, le thé, les sodas et l'alcool sont quant à eux à la fois diurétiques et aggravants pour les deux troubles, mieux vaut les limiter. Pour aller plus loin sur ce sujet, notre article complet sur l'hydratation et l'incontinence détaille tout ce qu'il faut savoir.
2) La position accroupie : la position naturelle qu'on a oubliée
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Un point que l'on oublie presque toujours : la position dans laquelle on s'installe aux toilettes influence directement la facilité d'évacuation. En position assise classique, un muscle appelé puborectalis reste partiellement contracté autour du rectum, ce qui crée une sorte de coude naturel qui freine l'évacuation des selles. C'est pourquoi beaucoup de personnes poussent davantage sans savoir que c'est leur position qui leur complique la tâche, pas leur corps.
La solution est pourtant simple : surélever les pieds à l'aide d'un petit tabouret placé devant les toilettes. C'est exactement le principe du Squatty Potty, un accessoire conçu spécifiquement pour reproduire la position accroupie, la position naturelle et physiologiquement optimale pour déféquer. En inclinant légèrement le bassin vers l'avant, le rectum s'aligne mieux avec l'anus, le muscle puborectalis se détend complètement, et les selles s'évacuent plus facilement, sans effort excessif. |
Le bénéfice pour l'incontinence est direct : moins d'efforts de poussée, c'est moins de pression sur le plancher pelvien à chaque passage aux toilettes. Sur le long terme, c'est un geste simple qui protège les muscles pelviens et limite l'aggravation des fuites urinaires. Un tabouret de cuisine ou un petit marchepied font très bien l'affaire si vous ne souhaitez pas investir dans un accessoire dédié.
B) Consulter au bon moment
Beaucoup de personnes vivent avec la constipation depuis des années sans en parler à leur médecin, on s'y habitue, on pense que c'est normal, on gère. Pourtant, certains signes méritent d'être signalés, surtout quand ils s'accompagnent de fuites urinaires : aller à la selle moins de trois fois par semaine de façon régulière, avoir des difficultés à chaque passage aux toilettes malgré l'envie d'y aller, avoir systématiquement l'impression de ne pas avoir fini, ou ressentir des douleurs ou une pesanteur dans le bas-ventre. Ce ne sont pas des détails, ce sont des signaux que le corps envoie, et qu'il vaut mieux ne pas ignorer.
Vers qui se tourner ? Le médecin généraliste est le premier interlocuteur : il fait le point sur la situation et oriente vers le bon professionnel de santé : un gastro-entérologue pour la constipation chronique, ou un kinésithérapeute ou une sage-femme pour travailler les deux troubles simultanément, ce qui donne souvent de meilleurs résultats qu'une prise en charge séparée.
Ce qui manque le plus dans les consultations : signaler sa constipation quand on vient pour des fuites urinaires, et inversement. Ces deux troubles partagent les mêmes muscles, les mêmes nerfs, les mêmes solutions, les traiter ensemble accélère la récupération, et dans bien des cas, un seul et même traitement peut bénéficier aux deux.
C) S'équiper le temps que ça s'améliore
La régulation du transit prend du temps. En attendant que les changements d'habitudes produisent leurs effets, il est important de ne pas rester sans protection adaptée. Choisir une protection selon son niveau de fuites : léger, modéré ou sévère permet de maintenir une vie active et sereine pendant la période de transition. Franck, le conseiller virtuel d'Incomed, peut vous orienter précisément en quelques échanges.
Conclusion : traiter sa constipation, c'est aussi soulager ses fuites
Constipation et incontinence urinaire sont deux troubles que l'on a tendance à subir en silence, chacun de son côté, sans faire le lien. Et pourtant, comme nous venons de le voir, ils se nourrissent l'un l'autre, mêmes muscles, mêmes nerfs, mêmes déclencheurs. Agir sur l'un, c'est souvent soulager l'autre. La bonne nouvelle, c'est que les solutions existent et qu'elles sont accessibles : adapter son alimentation, revoir sa position aux toilettes, consulter le bon professionnel au bon moment. Des gestes simples et concrets qui font une vraie différence sur le long terme. Et si les fuites persistent le temps que les choses s'améliorent, ne restez pas sans protection adaptée, nos produits Incomed sont là pour vous accompagner sereinement pendant cette période.
Sources :
Amelie - Symptomes et facteurs
Inserm - Stress et troubles digestifs
Perifit - Constipation et pression vessie
Journal Santé - Constipation et envie d'uriner
Physioactif - Syndrome de la vessie hyperactive
FAQ Constipation et incontinence urinaire : vos questions fréquentes
Oui, indirectement mais de façon très réelle. Un rectum plein comprime la vessie, fragilise le plancher pelvien par des efforts de poussée répétés, et perturbe les nerfs pelviens qui contrôlent à la fois le transit et la miction. La constipation chronique est l'un des facteurs aggravants de l'incontinence les plus sous-estimés.
Si vous souffrez des deux troubles simultanément, c'est déjà un signe. Plus précisément : si vos fuites s'aggravent lors des périodes de constipation, si vous ressentez des urgences urinaires accompagnées de pesanteur abdominale, ou si les deux troubles s'aggravent en parallèle, consultez un médecin en signalant les deux problèmes ensemble.
Idéalement les deux, mais le médecin généraliste reste le premier interlocuteur. Il peut orienter vers un gastro-entérologue pour la constipation chronique, et vers un kinésithérapeute ou une sage-femmepour traiter simultanément les deux troubles, c'est l'option la plus efficace.
Oui, et c'est physiologiquement expliqué. La position accroupie détend le muscle puborectalis qui entoure le rectum, permettant une évacuation plus complète et sans effort. Moins d'efforts de poussée, c'est moins de pression sur le plancher pelvien, et à terme, moins de risques de fuites.
Les aliments à double effet négatif qui constipent ET irritent la vessie sont principalement : le chocolat, certains fromages gras, les aliments ultra-transformés, et les agrumes (bons pour le transit mais irritants vésicaux). Le café, le thé et l'alcool sont diurétiques et irritants : à limiter dans les deux cas.
Avec des changements alimentaires, une meilleure hydratation et une rééducation périnéale adaptée, les premières améliorations se constatent généralement en 4 à 8 semaines. La régularité compte plus que la vitesse, les deux troubles s'améliorent progressivement, rarement du jour au lendemain.


















